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Akademgorodok, une "Silicon Valley" en pleine Sibérie

Paru dans Regard Est le 01/07/2004

centre ville novossibirsk
centre ville novossibirsk

A trente kilomètres de Novossibirsk en Sibérie occidentale, Akademgorodok abrite la troisième communauté de scientifiques en Russie, après Moscou et Saint-Pétersbourg. Pour répondre à un marché local en pleine croissance, des chercheurs y ont créé leurs sociétés informatiques, trouvant aussi leur place dans la High Tech mondiale. Grâce à eux, la Sibérie s'ouvre au monde.

Dans son jean large et sa chemise à carreau, Dimitri Baksheïev garde un look d'éternel étudiant. A 33 ans, cet homme est pourtant chercheur en mathématiques et physiques, et travaille aujourd'hui à Unipro, sous-traitant de Sun Microsystems, géant de l'informatique mondiale.

Il vient de loin : originaire du nord du Kazakhstan, Dimitri a fait, à l'âge de 15 ans, plus de mille kilomètres en train pour participer aux Olympiades du prestigieux lycée de Mathématiques et Physiques de Novossibirsk, en Sibérie occidentale. Dimitri vit et travaille aujourd'hui à Akademgorodok, à trente kilomètres de Novossibirsk. Cette communauté de scientifiques compte 17.000 chercheurs, 6.000 étudiants et plus d'une centaine de sociétés High tech.

Les universitaires américains ont longtemps comparé Akademgorodok à un Atlantis soviétique qui, du fait de son isolement, ne pourrait jamais survivre à l'économie de marché. C'était sans compter sur les capacités d'adaptation des scientifiques russes. En 1991, les chercheurs de Novossibirsk peuvent enfin exploiter librement leurs propres brevets. Les seize instituts de recherche de la ville, alors en crise, louent leurs locaux aux nouvelles entreprises.

Ivan Golosov, le patron d'Unipro, se souvient de ses débuts. L'ancien chercheur de l'Institut des systèmes d'information a signé en 1991 son premier projet pour Sun Microsystems : " Nous étions 26 personnes pour quatre ordinateurs basiques. En 2004, nous sommes 200 pour 400 machines hyper puissantes ".

La collaboration dure maintenant depuis 12 ans et ne cesse de s'intensifier. Sun Microsystems fait désormais travailler près de cent collaborateurs d'Unipro sur ses applications les plus pointues. Ivan Golosov, patient, souhaite une croissance maîtrisée. En attendant d'autres clients étrangers, il développe ses propres applications : la bio-informatique avec l'Institut de cytologie et de génétique, des modélisations liées aux domaines électriques, magnétiques et thermiques pour l'industrie russe de l'énergie, des technologies Internet ou encore des applications SMS pour les mobiles.

L'enseignement scientifique de Novossibirsk : une valeur sûre

Institut de recherche à Akademgorodok
Institut de recherche à Akademgorodok

En Russie, une telle success story n'étonne pas, puisque les scientifiques n'ont eu de cesse d'entretenir une tradition d'excellence, de Spoutnik au dernier prix Nobel de Physique en 2003. En 1958, 35.000 jeunes scientifiques venus des quatre coins de l'URSS s'installent en pleine forêt sibérienne. Ainsi, aux programmeurs des toutes jeunes Silicon Valley indiennes et chinoises, Bangalore et Zhongguan Cun, Novossibirsk oppose des générations de chercheurs. Le passage à l'économie de marché a certes réduit de moitié les rangs mais les jeunes sociétés qui sont nées de cette épreuve n'en sont aujourd'hui que plus efficaces.

Les chercheurs de Novossibirsk font déjà autorité : ils sont nombreux à avoir enseigné dans les plus prestigieuses universités occidentales, comme Yale, Stanford, Harvard aux États-Unis, la London School of Economics en Angleterre ou encore Polytechnique en France. Ils ont aussi contribué aux travaux des célèbres laboratoires américains de Brookhaven et Alamo. Selon Elena Lisman, chargée des relations internationales à l'Université d'État de Novossibirsk, " plus d'une centaine d'anciens travaillent aujourd'hui chez Microsoft aux États-Unis et ils sont aussi nombreux chez Hewlett-Packard et IBM ".

Valentin Khatchatourian est un ancien du lycée de mathématiques et de physique. Il effectue aujourd'hui sa deuxième année d'études en France à l'École Polytechnique, après avoir passé un an au Département Stratégie des Systèmes d'Information de MacDonald Europe à Londres. Ses projets ? " Gagner de l'expérience en France et retourner travailler en Russie " : son pays lui offre en effet tous les débouchés qu'il souhaite.

La fin de la fuite des cerveaux

Avec une croissance de plus de 5 % depuis cinq ans, la fuite des cerveaux est endiguée en Russie. Même en Sibérie, la croissance économique retient les enfants prodiges. Le PIB de la région de Novossibirsk a augmenté de plus de 30 % cette année. De l'agroalimentaire à l'énergie en passant par les transports, les grandes entreprises de Novossibirsk en profitent pour refaire tout leur système d'information. Le chantier est gigantesque. Une bonne raison pour les développeurs de ne plus courir la Californie pour chercher du travail.

Depuis quelques années, près d'une centaine de sociétés High Tech ont grandi au sein même des instituts de Recherche. La plus importante d'entre elles, CFT, emploie un millier de développeurs et travaille exclusivement pour le secteur bancaire. De son côté, Nonolet, une SSII formée d'anciens chercheurs, compte une soixantaine d'entreprises de Sibérie dans son portefeuille. D'après son Directeur Général Viktor Klikounov, " la vente de matériel et le conseil aux entreprises locales sont deux activités stratégiques, et permettent à Nonolet d'enregistrer depuis trois ans une croissance annuelle de 20 % ". La société est aujourd'hui leader en Sibérie et certifiée par les fournisseurs mondiaux de technologie Oracle, Compaq et Hewlett-Packard. Environ 30 % des jeunes de la ville travaillent dans l'informatique. Avec ses 4.000 développeurs, la communauté se pose en rivale directe des centres High Tech de Saint-Pétersbourg et de Moscou.

Parce que les informaticiens choisissent de rester sur place, les géants mondiaux des nouvelles technologies sont aujourd'hui contraints de se déplacer. Cette année, les Américains de Sun Microsystems ont rendu leur troisième visite à Akademgorodok. Les Asiatiques arrivent en force, eux aussi. Le Coréen Samsung, leader mondial de la mémoire vive et de l'écran plat, a installé son premier bureau de représentation à l'Institut de physique nucléaire afin de développer la recherche sur les composants de ses futurs ordinateurs. La société en profite pour signer son premier contrat avec Excelsior, une autre société d'anciens chercheurs en vue. Samsung compte ainsi tester et développer les prochaines applications informatiques pour la télévision numérique et les jeux vidéo.

La dolce vita en Sibérie

Les bords de l'Ob
Les bords de l'Ob

Si les meilleurs informaticiens de la région gagnent jusqu'à dix fois plus que les chercheurs, la moyenne, avec seulement un à deux ans d'expérience, gagne quatre fois plus -soit, environ 600 €. Villas, nouveaux immeubles, voitures japonaises ou BMW sont autant de signes qui révèlent une classe russe moyenne émergente à Akademgorodok. La vie sociale renaît : cafés d'été et boîtes de nuit se multiplient. Grâce à l'informatique, la ville scientifique devient peu à peu la banlieue chic de Novossibirsk. Le jour, c'est un endroit privilégié en pleine forêt, au bord de l'Ob. Ce fleuve déjà immense a été transformé en une mer artificielle de 200 kilomètres de long, d'où l'on peut partir l'été en voilier, se baigner ou faire de la planche à voile.

Les soirs d'été, les jeunes se retrouvent sur la plage Neokom. Au Propeller, un pub de la ville, les habitués de la "Silicon Taïga" jouent au billard et prennent un verre, avant d'aller danser au Bunker, le dernier-né des night-club. Les quadras réservent, quant à eux, leur soirée pour un concert à la Maison des Savants ou un ballet à l'Opéra. " Mes racines sont ici, clame Anastasia Blizniuk. J'aime plus que tous les hivers froids et les étés chauds de Sibérie. " Cette psychologue reconvertie a renoncé à sa carrière pour revenir dans sa ville natale, Akademgorodok. Aujourd'hui elle travaille dans l'informatique, comme manager du Bureau de représentation de Sun Microsystems pour la Sibérie, l'Oural et l'Extrême-Orient.

Une " Silicon Taïga " ?

Taïga
Taïga

Fred Therman, le fondateur de la Silicon Valley de Californie déclarait : " Lorsque l'alternative de créer une communauté de haute technologie dans la vallée de Santa Clara nous a effleuré l'esprit, il y avait peu de choses ici et le reste du monde nous semblait bien immense. Maintenant le reste du monde est ici ". De même, la Sibérie, la Californie ou Paris : aujourd'hui, tout semble si proche à Novossibirsk.

Dimitri Baksheïev ne connaît pas la France. Mais, cela ne l'empêche pas de savoir sous quel langage de programmation fonctionne la ligne 14 du métro parisien. Le monde du développement est une si petite planète. Dimitri se sent aussi préoccupé par l'affaire Ioukos et l'image de la Russie à l'étranger que par le dernier livre d'Haruki Murakami, un écrivain japonais dont on dit qu'il sera le prochain prix Nobel de littérature. Pour le jeune homme, c'est comme si depuis quelque temps, la Sibérie n'avait plus de frontières.

PHS

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Les « Silicon Valley » aux couleurs de la Chine

Article rédigé par Camille Chen, Pierre-Henri Seynave et Philippe Wang et paru dans le Moniteur du Commerce International en février 2003.

La Chine des nouvelles technologies n’est plus un rêve, mais une réalité : c’est aujourd’hui un marché bien réel, mû par une croissance exceptionnelle. L’exemple des télécommunications est à cet égard significatif : avec 5 millions de nouveaux abonnés par mois en 2002, le marché du téléphone mobile a franchi le cap des 200 millions de clients en novembre dernier. Soit 13% de la population du pays le plus peuplé du monde. Et le rythme de croissance va encore s’accélérer dans les années à venir : 260 millions en 2003, 329 millions en 2004, et 417 millions en 2005… Aucun doute : un véritable « Grand bond en avant » technologique est amorcé !

Introduire la haute technologie dans l’industrie d’un pays en plein boom économique, coûte que coûte : telle est l’une des priorités de la Chine du XXIème siècle. Ainsi, 25 ans après la réforme économique, mise en œuvre par Deng Xiaoping en 1978, l’heure est venue de voir le secteur « high tech » chinois se développer tout azimut. Un développement qui s’appuie essentiellement sur trois axes politiques du gouvernement chinois : le premier, connu sous le nom de « Programme 863 », vise à rattraper et suivre les évolutions scientifiques et technologiques des pays les plus avancés du monde ; le second, le « Programme Torch », concerne l’industrialisation et la commercialisation des principales technologies ; le troisième quant à lui a pour objectif la création de zones de développement de hautes technologies (ZDHT) dans différentes régions du pays. Selon les statistiques les plus récentes, la Chine compte à l’heure actuelle 53 ZDHT de niveau national : il s’agit de zones associant recherche et développement,  production, commercialisation et exportation…

Concentrées essentiellement sur les régions côtières, trois zones se distinguent des 50 autres, et se disputent âprement le titre de « Silicon Valley » chinoise : Zhongguan Cun à Pékin, capitale de la Chine, Zhang Jiang à Shanghaï, dite « la Perle de l’Orient , et Shen Zhen à côté de Hong Kong. La première se situe dans le nord du pays, et les deux autres dans le sud. Tout un symbole…

Zhongguan Cun : le meilleur réservoir de « matière grise » du pays
Créé en mai 1988, Zhongguan Cun est le tout premier parc de haute technologie de Chine, et s’étend sur 280 km2. C’est là que se trouve concentrée « la matière grise » du pays : 56 universités, dont Tsinghua - la Polytechnique chinoise -, avec 400 000 étudiants au total ;  232 centres de R&D, où travaillent quelque 500 000 scientifiques de haut niveau… Un véritable réservoir de ressources pour l’innovation « made in China ».

Au « technopark » de Zhongguan Cun, les travaux de R&D portent essentiellement sur la technologie de l’information, la biotechnologie, la pharmacologie et la protection de l’environnement. Parmi les produits « high tech » les mieux développés figurent circuits intégrés, composants électroniques, logiciels, téléphone mobile, PC portable, etc. Selon le magazine « De l’économie des hautes technologies », Zhongguan Cun compte aujourd’hui 9 773 entreprises « high tech », parmi lesquelles les plus prestigieuses au plan national, telles que Legend, Fang Zheng, Sitong et Putian. Quant aux entreprises étrangères, on peut citer les plus réputées Microsoft, Sony, IBM et Nokia, qui y ont installé 23 centres de R&D, et noter que  parmi le « Top 500 » des multinationales, 43 d’entre elles y ont ouvert leurs filiales…

« Sachez toutefois que les travaux de R&D sur les composants électroniques, l’élément clé de la haute technologie, sont peu avancés en Chine », fait remarquer Wu Youwen, ingénieur à Legend, la plus importante des entreprises chinoises spécialisées dans les produits « high-tech » ; « à mon avis, nos chercheurs ont encore des progrès à faire pour rattraper leurs homologues américains ». De son côte, Song Yang, directeur d’une société de logiciels à Zhongguan Cun, estime que « les Chinois ont en la matière environ 2 à 3 ans de retard sur les Américains » …

Un retard qui sera probablement comblé dans un proche avenir, puisque, d’une part, le gouvernement chinois a décidé en 1999 de mettre tout en œuvre pour accélérer le développement du secteur « high tech », et que d’autre part – phénomène nouveau - un nombre croissant de scientifiques chinois ou d’origine chinoise formés aux Etats-Unis sont rentrés définitivement au pays. Et tous – ou presque – ont choisi d’exercer leurs talents dans les « technoparks » de Chine, dont Zhongguan Cun.

Actuellement, l’un des obstacles les plus importants, susceptible de ralentir ou de freiner le développement du secteur « high tech », reste le problème de financement. En Chine, 80% des frais de R&D et de création d’entreprises « high tech » proviennent de l’Etat : celui-ci reçoit des centaines de milliers de demandes de subventions par an, et ne soutient financièrement qu’un projet sur… 10 000 ! Résultat : à Zhongguan Cun comme ailleurs, le manque de capitaux contraint certains chercheurs et entrepreneurs à faire appel à des entreprises américaines, françaises ou allemandes. Et pour faire lever des capitaux locaux, ils doivent sensibiliser la bureaucratie aux mécanismes du marché et du capital-risque. Ainsi, 79 millions d’euros ont été levés en 1999 à Pékin, un montant dérisoire au regard des14 milliards d’euros investis chaque année dans les hautes technologies aux Etats-Unis, dont 80 % proviennent du secteur privé, et sont dirigés vers la Silicon Valley.

Si les Chinois sont les premiers épargnants au monde, avec 787 milliards d’euros sur leurs comptes en banque, les plus fortunés rechignent cependant à investir dans le cadre du capital-risque, formule de placement jugée trop coûteuse – l’impôt sur les revenus mobiliers en la matière s’élèvent à 33% -, et aussi trop risquée pour permettre d’espérer un retour sur investissement rentable. D’autant qu’en Chine, le système de capital-risque n’en est qu’à ses balbutiements…

De l’avis des entrepreneurs chinois, le problème de financement n’est pas sans issue. Plusieurs solutions existent : il faudrait laisser les scientifiques posséder toutes les actions des sociétés qu’ils créent, et non plus les limiter à 25 % seulement du capital social ; garantir les droits de la propriété intellectuelle ; développer un véritable système de capital-risque. Et enfin privatiser les banques, pour sortir du  monopole d’Etat. Le gouvernement chinois doit par conséquent  encourager une réforme  profonde et poursuivre la modernisation jusqu’au cœur du système politique et économique …

Pour l’heure, Pékin ne dispose pas encore des moyens financiers ni des conditions matérielles de la Silicon Valley aux Etats-Unis, mais le potentiel humain est là, et l’ambition du gouvernement est claire : faire de Zhongguan Cun l’un des meilleurs « technoparks » du monde dans les 10 ans à venir…

Zhang Jiang :  un « technopark » compétitif


Beaucoup moins étendu que son rival du nord, avec une superficie de 25 km2, le centre de hautes technologies de Zhang Jiang s’est implanté en juillet 1992 dans la banlieue est de Shanghaï. A la différence de Zhongguan Cun, Zhang Jiang comporte peu de facultés scientifiques – il en existe 5 à 6 -, et le potentiel de développement s’en trouve relativement limité en matière de R&D.

Néanmoins, Zhang Jiang a su compenser un tel handicap par la mise en place d’une stratégie adaptée à sa propre situation. Ainsi, au lieu de diversifier les projets de recherche, le « technopark » de Zhang Jiang consacre l’essentiel de ses activités à deux domaines : d’une part la technologie de l’information, et d’autre part la biotechnologie et la pharmacologie. En technologie de l’information, la politique de Zhang Jiang consiste essentiellement à développer les secteurs suivants : circuits intégrés, PC, logiciels et télécommunications; dans l’industrie médicale, l’effort de recherche est porté  sur l’innovation biotechnologique, la modernisation de la médecine chinoise traditionnelle, etc. Objectif visé ? Devenir le meilleur centre d’innovation et de fabrication de médicaments de Chine.

Aujourd’hui, quelque 2 000 entreprises et centres de recherche, qu’ils soient chinois ou étrangers (Roche, Amersham, Kirin, Boehringer Ingelheim, Glaxo SmithKline Beecham, Sankyo Medtronic…) sont implantés à Zhang Jiang. Certes, l’ensemble constitue un parc beaucoup moins important que celui de Zhongguan Cun (qui compte 10 000 entreprises et centres de recherche), mais encore une fois, Zhang Jiang a su tirer avantage de ce qui apparaît comme son point faible. Partant du principe que, bien gérée, une petite structure peut s’avérer plus réactive et plus compétitive, la Direction du « technopark » de Zhang Jiang fait de la réactivité une règle d’or, et la quasi-absence de bureaucratie, encore très présente à Zhongguan Cun, constitue un gage d’efficacité. Voici une anecdote significative, qui a fait la Une de la presse économique chinoise : en 2001, la célèbre société chinoise de composants électroniques International Electronic Component cherchait un parc pour y construire une usine de fabrication de circuits intégrés. Montant des investissements : 1,5 milliard de dollars. Son premier choix se porta naturellement sur Zhongguan Cun. Mais la société a vite déchanté, lassée par les lenteurs administratives avec lesquelles son dossier était traité.  Résultat : c’est Zhang Jiang qui a remporté le contrat. La raison en est simple, comme l’explique Zhang Jingru, le Pdg d’International Electronic Component : « Zhang Jiang a su se montrer très réactif et efficace : en l’espace de 13 mois seulement, tout est bouclé », de la recherche de terrain jusqu’à l’entrée en fabrication, en passant par les travaux de construction de l’usine et le recrutement du personnel…

La rivalité n’existe pas seulement entre Zhang Jiang et son « grand frère » du nord. Au sein même de l’immense ville de Shanghai, plusieurs « technoparks » de niveau municipal se livrent aussi à une concurrence féroce. Pour attirer et retenir les meilleurs scientifiques du pays, voire du monde, pour réunir les capitaux nécessaires, pour devenir plus compétitif que ses rivaux… Ming Hang, un « technopark » de 7,2 km2 implanté en plein cœur de Shanghaï, constitue à cet égard un exemple remarquable. Ses atouts : une infrastructure ultra-moderne, avec centres de recherche, sites de fabrication, et un cadre de vie idéal (villas, espaces verts…). Mais sa plus grande originalité réside sans doute dans sa politique fiscale, notamment en faveur des investisseurs étrangers. «  Pour encourager les étrangers à venir investir dans notre parc, explique Tao Suhua, vice-présidente directrice générale du « technopark » de Ming Hang, « nous leur proposons une série d’avantages fiscaux, par exemple l’exonération d’impôts sur les sociétés durant 3 ans, suivie d’une réduction fiscale de 50% durant 4 ans, voire plus ».C’est clair : Ming Hang a un besoin urgent de capitaux pour se développer, tout comme Zhongguan Cun, Zhang Jiang et autres « technoparks » qui fleurissent un peu partout en Chine. A bon entendeur…

Shenzhen : un gigantesque site de production des Nouvelles technologies

Première « Zone économique spéciale » de Chine, première ville à s’ouvrir à l’économie occidentale au début des années 80, Shenzhen se veut aussi un « technopark » de premier rang. Projet ambitieux ?

Profitant du dynamisme de ses deux voisins, Canton et Hong Kong, Shenzhen a bâti d’abord son développement sur les industries légères tournées vers l’exportation et financées par les capitaux étrangers. Puis, avec l’ouverture progressive du reste de la Chine aux échanges internationaux, et la délocalisation de productions à faible valeur ajoutée vers des régions du monde aux coûts salariaux moins élevés (Chine, Vietnam, Philippines, Pakistan…), la ville a décidé de réorienter sa politique industrielle vers le secteur des hautes technologies. En 10 ans, la part des hautes technologies dans le PIB est passée de 8 à 42 %.

Zhonxing et Huawei Technologies  sont deux entreprises de Shenzhen fondées à la fin des années 80, au moment où l’économie de marché se développait particulièrement vite. Elles sont entrées dans l’industrie des équipements en télécommunications, qui a connu un essor important (ou « considérable) dans les années 90. L’un comme l’autre équipementiers occupent désormais une position dominante dans les télécommunications chinoises.

Dépourvu d’universités et de centres de recherche majeurs, Shenzhen ne constitue pas pour l’instant un « technopark » au sens propre du terme. Mais une chose est sûre : c’est un gigantesque site de production mondiale d’ordinateurs. En 2000 par exemple, 1 500 entreprises y ont produit 10 % de la production mondiale de disques durs. La zone réalise l’équivalent de la moitié de la production « high-tech » de Shanghaï, et détient la plus forte création de valeur ajoutée en Chine. L’un des points faibles de Shenzhen reste sa très forte dépendance par rapport aux investissements étrangers. En effet, 65 % des investissements sont réalisés par des Hong Kongais ou des Taïwanais, et les investisseurs les plus présents sont Japonais, Américains et Coréens. Autre point faible : l’absence de structures de capital-risque, qui empêche Shenzhen de transformer son pôle industriel en un véritable pôle de recherche autonome.

Zhongguan Cun, Zhang Jiang, Shenzhen… Trois noms, trois vitrines de l’industrie « high tech » de Chine.   Si ces « Silicon Valley » en herbe constituent des îlots de croissance dans un océan qui reste à explorer,  elles ont, chacune, joué un rôle propre et déterminant, entraînant dans leur sillage une multitude de ZDHT qui se trouvent dispersées un peu partout en Chine. Pas de doute : 37 ans près la « Révolution culturelle », l’heure est à la Révolution technologique.

La Chine s’est éveillée aux hautes technologies !

Sources : Agence Chine Nouvelle,« Perspectives Chinoises », « Figaro Economique », « Le Quotidien du Peuple », rapports de la DREE sur Shenzhen, « Le Monde », « De l’économie des hautes technologies », « Le parc de hautes technologies de Zhongguan Cun », « Réflexion sur le modèle de Zhongguan Cun » (Wu Fu, éditions Economie chinoise, avril 2002), « Marketing magazine ».

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La Googlemania : un effet de mode ou une vraie révolution ?

Créé en 1998 à Mountain View dans la Silicon Valley par Larry Page et Serguei Brin, Google est devenu en 5 ans, le leader incontesté de la recherche d’informations sur le web. 29,2 % du trafic total des outils de recherche dans le monde (Netratings octobre 2002), 56 % du trafic total des outils de recherche en France (eStat – Xiti janvier 2003).

Google en chiffres c’est aussi 3 milliards de pages Web statiques et dynamiques, word, PDF indexées, 700 millions de forums, 4000 sources d’informations d’actualité revisitées plusieurs fois par jour, 425 millions d’images répertoriés, 0.14 seconde de temps de réponse...

Une ascension fulgurante en 2000 alors que la bulle Internet éclate, le hisse loin devant ses concurrents principaux : Altavista, Inktomi et Alltheweb. Google est une entreprise qui choisit dés le départ une stratégie à contre-courant, la recherche d’informations plutôt qu’une stratégie de portail multi-services. La start-up fait en effet figure d’exception. Avec 50 phD sur 400 employés, dans une atmosphère plutôt décontractée, Google ressemble plus à un laboratoire de recherche universitaire qu’à une entreprise. Avec pour seuls leviers de notoriété, la qualité et l’efficacité de son service, la marque s’est répandue sans aucune publicité dans plus de 66 pays. Un cas d’école pour le marketing viral qui a su exploiter la puissance… mais aussi les communautés d’Internet. Car Google fédère aujourd’hui une multitude d’inconditionnels.

Webmasters, universitaires, documentaliste, journalistes et linguistes, Google touche à la fois les leader d’opinion les plus initiés au Web et tous les professionnels de la recherche d’information. La société californienne pour fidéliser ces communautés développe des services spécifiques : Google Groups pour les forums, Google news pour l’actualité chaude, Google labs pour les informaticiens, Froogle pour les acheteurs en ligne… Le moteur utilise également pour classer ses réponses les services d’Open Directory Project, annuaire de recherche qui fonctionne sur le principe de la communauté d’experts bénévoles.

Du côté des utilisateurs, la face visible du succès de Google réside dans la clarté, l’exhaustivité, et la rapidité dans la présentation des réponses. La face cachée, dans une formule dont Google a d’abord entretenu le mystère puis révélé lentement les clés au fur et à mesure que les fans les plus « savants » s’acharnaient à les découvrir. Car Google ne maîtrise plus lui-même sa propre image et des « fans » créent leurs propres forums et sites d’informations sur le moteur : Googuide, elgoog, newsgroups sur Webmasterworld, le weblog 1ère position, webrankinfo… (www.googuide.com, www.elgoog.nl, http://www.webmasterworld.com/forum3/, http://weblog.1ere-position.com/google/).

Le Page Rank, véritable clé de voûte de Google, fonctionne également sur le principe de la communauté. Plus il y a de gens compétents dans votre domaine qui parlent de vous et plus vous êtes « populaire » dans votre domaine.

La pertinence de la formule est remise en question. Danny Brandt, créateur du site www.google-watch.org et opposant le plus farouche au règne de Google, parle de dictature du Page Rank. Cet indice tient compte en grande partie de la popularité d’un site (soit plus précisément du nombre, du page rank et du renouvellement des liens qui pointent vers ce site), il est combiné dans une moindre mesure avec des critères on-page (titre du document, titres dans la page, titres des liens, occurrence et distance entre les mots, nom de domaine, URL..) et l’analyse sémantique du contenu texte d’un site.

Le page Rank ou la popularité a pris aujourd’hui tellement d’importance que la frontière entre pertinence et popularité est de plus en plus floue. Les sites généralistes apparaissent naturellement devant les spécialistes. Le meilleur Page Rank est ainsi attribué aux portails, sites de presse, aux sites marchands généralistes au détriment même des meilleurs contenus spécialisés marchands ou d’informations. Tout devient alors une question de taille et d’ancienneté.

Certains professionnels n’ont pas tardé à exploiter cette faille en créant artificiellement des pages de liens sans pertinence ou en développant des stratégies « agressives » d’échange de liens. Obtenir un bon Page Rank est devenu une fin en soi.. Google a dès lors travaillé sur la détection des pratiques que le mythe du Page Rank avait fait naître… et a même encouragé la délation sur son site des « cow-boys » du référencement pour les remettre à leur juste Page Rank. Search King, entreprise de référencement américaine, a ainsi poursuivi Google en justice en octobre 2002, pour être passé d’un Page Rank de 8 à 4.

La pertinence n’est d’ailleurs plus du seul apanage de Google car il existe des concurrents au moins aussi performants : Fast le suédois, Wisenut et Teoma.. Tout n’est plus qu’une question de stratégie commerciale et de temps…

Google reconduit de justesse en octobre 2002 un partenariat avec Yahoo... non exclusif cette fois. Et en décembre 2002 Yahoo rachète la technologie Inktomi… concurrente de Google. Le partenariat qui a propulsé Google semble compromis. Or à mesure que la notoriété et le pouvoir de la marque se propagent, des contre-pouvoirs émergent et dévoilent les faiblesses de l’entreprise.

Des journalistes commencent à critiquer l’arrogance des fondateurs dans les négociations commerciales. Un article du New York Times en juin 2002 titre "Google trouve tout sauf de l’argent". Google serait-il un colosse aux pieds d’argile ? Le développement presque aussi fulgurant des acteurs du positionnement publicitaire Overture et eSpotting pousse les analystes à la comparaison. Le chiffre d’affaire sur 2001 encore confidentiel de Google est estimé (par ces mêmes analystes) à 28,5 millions de dollars. Le chiffre annoncé par Overture est de 140 millions. Sans comparaison… Les deux fondateurs cèdent la main à Eric Schmidt qui débarque comme CEO de l’entreprise. Ancien Technology Chief Officer de Sun Micro Systems, il a pour mission de gérer une croissance trop difficile à assumer par les fondateurs. Le financement de l’avenir devient effectivement problématique et les rumeurs d’introduction en bourse se succèdent. La dernière dans Forbes Magazine en janvier 2003 fait état d’une introduction au premier trimestre 2003. A suivre…

Paru dans la revue du référencement pour @position en février 2003 : article

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