Dimanche 3 aout, une semaine avant la déferlante des JO de Pékin, Soljenitsyne disparaît. A 89 ans, l’écrivain russe et dissident visionnaire qui dénonça l’horreur du goulag soviétique en 1974, s’est éteint, discrètement pendant nos vacances. C’est pourtant un grand chêne qui tombe avec fracas.
Deux semaines plus tard, les hommages et rétrospectives de la presse sont déjà couverts par l’euphorie de Pékin qui consume toutes les contestations possibles. Lutteur de fond, l’homme refusa aussi bien le communisme que l'alternative du capitalisme, fustigeant notre liberté de la presse ce « flot d’informations superflues » et notre engagement pour les droits de l’homme « billevesées occidentales ». Jugements lapidaires ? Peut-être , mais sa foi éprouvée et jamais anéantie en l’action d’un seul individu contre les pensées totalitaires ; ses remarques acerbes sur l’usage que nous, occidentaux, faisons de la liberté sont des leçons pour l’avenir (discours d’Harvard en 1978).
Il est des influences qui ne se marchandent pas. Elles durent et traversent le temps.
Comme en vacances, que l'on part en exil et que l'on prends de la
distance avec les conventions et la pensée unique, en lisant par
exemple la nouvelle presse indépendante, celle des dissidents du «
journalisme d’investigation », avec XXI de Patrick de Saint-Exupery et Laurent Beccaria, ou alors Polka d’Alain Genestar**, titres qui refusent le «journalisme de validation»*généralisé aujourd’hui dans la presse française.
* Jean Marie Colombani annonce fin 2005 à la SRM (société des
Rédacteurs du Monde) que les journalistes du Monde sont invités à
renoncer au journalisme d’investigation pour lui préférer le
journalisme de validation. (source La Chute de la Maison Colombani –
Laurent d’Evron – Revue Medias - Automne 2007).
** En août 2005, Paris Match avait publié une photo de couverture
montrant l’épouse du Ministre d’Intérieur de l’époque, Cécilia Sarkozy,
en compagnie du publicitaire Richard Attias, présenté comme son
compagnon. Ces photos avaient fortement mécontenté Nicolas Sarkozy, qui
avait part de sa colère à Arnaud Lagardère, propriétaire de
l’hebdomadaire. Alain Genestar, alors directeur de la rédaction de
Paris Match, avait été limogé –officiellement en raison d’une perte de
confiance entre lui et le propriétaire de Match (source L’esthète du
journalisme – Interview de Pierre Bergé par Emmanuelle Duverger et
Robert Ménard– Revue Medias - Automne 2007).
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