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La Googlemania : un effet de mode ou une vraie révolution ?

Paru dans la revue du référencement pour @position en février 2003 : article

Créé en 1998 à Mountain View dans la Silicon Valley par Larry Page et Serguei Brin, Google est devenu en 5 ans, le leader incontesté de la recherche d’informations sur le web. 29,2 % du trafic total des outils de recherche dans le monde (Netratings octobre 2002), 56 % du trafic total des outils de recherche en France (eStat – Xiti janvier 2003).

Google en chiffres c’est aussi 3 milliards de pages Web statiques et dynamiques, word, PDF indexées, 700 millions de forums, 4000 sources d’informations d’actualité revisitées plusieurs fois par jour, 425 millions d’images répertoriés, 0.14 seconde de temps de réponse...

Une ascension fulgurante en 2000 alors que la bulle Internet éclate, le hisse loin devant ses concurrents principaux : Altavista, Inktomi et Alltheweb. Google est une entreprise qui choisit dés le départ une stratégie à contre-courant, la recherche d’informations plutôt qu’une stratégie de portail multi-services. La start-up fait en effet figure d’exception. Avec 50 phD sur 400 employés, dans une atmosphère plutôt décontractée, Google ressemble plus à un laboratoire de recherche universitaire qu’à une entreprise. Avec pour seuls leviers de notoriété, la qualité et l’efficacité de son service, la marque s’est répandue sans aucune publicité dans plus de 66 pays. Un cas d’école pour le marketing viral qui a su exploiter la puissance… mais aussi les communautés d’Internet. Car Google fédère aujourd’hui une multitude d’inconditionnels.

Webmasters, universitaires, documentaliste, journalistes et linguistes, Google touche à la fois les leader d’opinion les plus initiés au Web et tous les professionnels de la recherche d’information. La société californienne pour fidéliser ces communautés développe des services spécifiques : Google Groups pour les forums, Google news pour l’actualité chaude, Google labs pour les informaticiens, Froogle pour les acheteurs en ligne… Le moteur utilise également pour classer ses réponses les services d’Open Directory Project, annuaire de recherche qui fonctionne sur le principe de la communauté d’experts bénévoles.

Du côté des utilisateurs, la face visible du succès de Google réside dans la clarté, l’exhaustivité, et la rapidité dans la présentation des réponses. La face cachée, dans une formule dont Google a d’abord entretenu le mystère puis révélé lentement les clés au fur et à mesure que les fans les plus « savants » s’acharnaient à les découvrir. Car Google ne maîtrise plus lui-même sa propre image et des « fans » créent leurs propres forums et sites d’informations sur le moteur : Googuide, elgoog, newsgroups sur Webmasterworld, le weblog 1ère position, webrankinfo… (www.googuide.com, www.elgoog.nl, http://www.webmasterworld.com/forum3/, http://weblog.1ere-position.com/google/).

Le Page Rank, véritable clé de voûte de Google, fonctionne également sur le principe de la communauté. Plus il y a de gens compétents dans votre domaine qui parlent de vous et plus vous êtes « populaire » dans votre domaine.

La pertinence de la formule est remise en question. Danny Brandt, créateur du site www.google-watch.org et opposant le plus farouche au règne de Google, parle de dictature du Page Rank. Cet indice tient compte en grande partie de la popularité d’un site (soit plus précisément du nombre, du page rank et du renouvellement des liens qui pointent vers ce site), il est combiné dans une moindre mesure avec des critères on-page (titre du document, titres dans la page, titres des liens, occurrence et distance entre les mots, nom de domaine, URL..) et l’analyse sémantique du contenu texte d’un site.

Le page Rank ou la popularité a pris aujourd’hui tellement d’importance que la frontière entre pertinence et popularité est de plus en plus floue. Les sites généralistes apparaissent naturellement devant les spécialistes. Le meilleur Page Rank est ainsi attribué aux portails, sites de presse, aux sites marchands généralistes au détriment même des meilleurs contenus spécialisés marchands ou d’informations. Tout devient alors une question de taille et d’ancienneté.

Certains professionnels n’ont pas tardé à exploiter cette faille en créant artificiellement des pages de liens sans pertinence ou en développant des stratégies « agressives » d’échange de liens. Obtenir un bon Page Rank est devenu une fin en soi.. Google a dès lors travaillé sur la détection des pratiques que le mythe du Page Rank avait fait naître… et a même encouragé la délation sur son site des « cow-boys » du référencement pour les remettre à leur juste Page Rank. Search King, entreprise de référencement américaine, a ainsi poursuivi Google en justice en octobre 2002, pour être passé d’un Page Rank de 8 à 4.

La pertinence n’est d’ailleurs plus du seul apanage de Google car il existe des concurrents au moins aussi performants : Fast le suédois, Wisenut et Teoma.. Tout n’est plus qu’une question de stratégie commerciale et de temps…

Google reconduit de justesse en octobre 2002 un partenariat avec Yahoo... non exclusif cette fois. Et en décembre 2002 Yahoo rachète la technologie Inktomi… concurrente de Google. Le partenariat qui a propulsé Google semble compromis. Or à mesure que la notoriété et le pouvoir de la marque se propagent, des contre-pouvoirs émergent et dévoilent les faiblesses de l’entreprise.

Des journalistes commencent à critiquer l’arrogance des fondateurs dans les négociations commerciales. Un article du New York Times en juin 2002 titre "Google trouve tout sauf de l’argent". Google serait-il un colosse aux pieds d’argile ? Le développement presque aussi fulgurant des acteurs du positionnement publicitaire Overture et eSpotting pousse les analystes à la comparaison. Le chiffre d’affaire sur 2001 encore confidentiel de Google est estimé (par ces mêmes analystes) à 28,5 millions de dollars. Le chiffre annoncé par Overture est de 140 millions. Sans comparaison… Les deux fondateurs cèdent la main à Eric Schmidt qui débarque comme CEO de l’entreprise. Ancien Technology Chief Officer de Sun Micro Systems, il a pour mission de gérer une croissance trop difficile à assumer par les fondateurs. Le financement de l’avenir devient effectivement problématique et les rumeurs d’introduction en bourse se succèdent. La dernière dans Forbes Magazine en janvier 2003 fait état d’une introduction au premier trimestre 2003. A suivre…

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